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I Learn Library

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Je suis arrivée en cinquième, je ne comprenais rien. Je ne connaissais personne.

By Amina  |   From : Marseille  |   School : Collège Marie Laurencin

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« Bonjour, je m’appelle Amina. Je suis en quatrième au collège, à Marseille. Je suis née à Mayotte, j’ai grandi à M’Tsangamboua : une petite ville où il y a le soleil et la mer fabuleuse. Tu peux tout avoir là-bas, tu peux communiquer avec tout le monde. Ma famille se trouve là-bas, mes amis aussi. Les gens pensent différemment là-bas. Je suis née avec un handicap aux pieds. Maintenant il ne se voit plus. C’est grâce à ma grand-mère et à ma mère. Quand j’étais petite et à Mayotte, les gens disaient à ma mère de me jeter parce que j’étais handicapée, ils disaient que je ne lui servirais à rien. Mais ma mère a dit « non ». Avant de m’avoir, ma mère était aux Comores, elle voulait des enfants mais ne pouvait pas en avoir. Elle est alors partie des Comores. Elle a quitté sa famille pour aller à Mayotte et qu’on l’aide à avoir des enfants. Elle était toute seule, elle ne connaissait personne et ne parlait pas le mahorais et ne connaissait pas les chemins de Mayotte. Elle s’est fait aider par une dame que j’appelle maintenant ma grand-mère. Grâce à elle, ma mère a eu quatre enfants : je suis sa première, sa grande et fille unique et j’ai trois frères. Cette dame n’est pas ma vrai grand-mère mais c’est comme si, c’est elle qui a aidé ma mère quand elle ne connaissait personne et je lui en suis reconnaissante. J’ai alors grandi à M’tsangamboua. On m’avait inscrite à l’école en sixième mais je n’y allais pas. Un jour mon beau père m’a demandé quand est-ce que j’allais être sérieuse et travailler. Je lui ai dit que je travaillerai lorsque je serai en France. Il m’a demandé si j’étais sûre de moi puis à fait tout son possible pour que je puisse aller en France. Un jour, mon beau père m’a appelée à lui et m’a dit «  Amina, tu vas aller en France. Tu pars le 14 juillet 2015. » Je lui ai répondu « d’accord ».

C’est mon beau père qui m’a fait venir en France. Je n’ai pas parlé de mon père biologique car lui je ne l’ai pas revu depuis mes trois ans. Une fois, je devais avoir dix ou onze ans, ma mère lui a demandé devant moi qui j’étais et quel âge j’avais, il a répondu sûrement cinq ans. Il ne savait pas et ne connaissait même pas mon âge !

Bref, je suis venue en France. J’ai quitté ma ville, j’ai quitté Mayotte, j’ai quitté aussi ma mère, mon beau-père, mes frères. J’étais triste de quitter ma famille pour aller en France où je ne connaissais personne. J’ai trouvé ici une autre « grand-mère » que je ne connaissais pas, elle était de la famille de ma mère. Elle avait une fille, elles étaient gentille avec moi mais toutes les nuits où je voulais dormir, je pensais à ma mère et je pleurais. Je pensais à tous les moments que j’avais passés avec ma mère et mes frères, je voyais les gens dehors avec leur mère et moi qui était toute seule et je pleurais. Je pleurais tout le temps. Je ne savais pas parler la langue française.

Les routes et les endroits d’ici étaient très différents et c’était difficile pour moi.

Je suis arrivée en cinquième, je ne comprenais rien. Je ne connaissais personne. Mes amis, ils étaient à Mayotte, ma famille était à Mayotte. Je n’avais pas d’amis ni de famille en France.

Je suis arrivée au Collège Marie Laurencin, je n’arrivais à rien. Je ne comprenais rien, les gens rigolaient de moi, ils se moquaient de ma manière de m’habiller et quand je parlais, c’était vraiment dur. J’ai réussi à trouver des amis qui ne se moquent pas de moi, ils ont été formidables et gentils, ils m’ont aidée à l’école. A l’école dans un SAS, on m’a aidé fabuleusement. Je n’oublierai jamais ça et grâce à eux maintenant, j’écris cette lettre pour vous raconter mon histoire. Je remercie fort ma mère qui est une femme courageuse comme moi, elle est tout ce que j’ai dans ma vie, avec mes frères. Elle n’a pas fait ce que les gens lui ont dit de faire, elle m’a gardée et tient à moi. Cela fait deux ans que je ne l’ai pas vue.

J’aimerais bien retourner à M’tsangamboua pour montrer tout le bonheur que je ressens là-bas. Il n’y a pas de bâtiment, que des petites maisons. Il y a ma famille. Je pense que je retournerai là-bas quand je serai grande. Là-bas on ne parle pas la langue française, on parle notre langue à nous, le mahorais.

C’est la fin du début de mon histoire à moi seule et ma vie.

Mahrahaba, ça veut dire « merci ». »